Complément au Rif tout dju spécial 526 – La guerre 1914-1918 (partie 3)

HOMMAGE A NOS HÉROS DE LA GUERRE 1914-1918
texte rédigé en août 2006 par Georges LECOCQ, 

INTRODUCTION

L’approche des cérémonies du 11 novembre m’a valu la mise à disposition fortuite, par Daniel Santini, d’un recueil intitulé « Livre d’Or de la Carte du Feu » rassemblant, photo à l’appui, l’ensemble des combattants belges de l’Yser ayant bénéficié de cette « Carte du Feu », carte sur fond rouge collée en page-titre de chaque exemplaire personnalisé et reprenant les états de service et les distinctions obtenues par le titulaire, tout cela sous le couvert du ministère de la Défense Nationale.

Cette proximité de célébration m’a aussi valu de recevoir, cette fois de la part du vice-Premier Ministre, Patrick Dewael, une lettre recommandant aux diverses communes belges d’aider le Comité National Belge du Souvenir ASBL, basé à Anvers, dont le but est de maintenir vivace dans la mémoire des jeunes générations le « devoir du souvenir » dû à l’entièreté des combattants de la Seconde Guerre Mondiale, dont les derniers représentants se font de plus en plus rares. A la faveur de la recherche de ces mémoriaux – j’en ai repéré 17 – consacrés tant aux combattants qu’aux résistants, j’ai conçu l’idée de rendre tout d’abord un hommage aux combattants de la Grande Guerre, d’autant plus que l’on – Joseph Dumont – m’a mis en possession du carnet de notes d’un prisonnier de Soltau, Marcel Placet, carnet que je me propose d’éditer par ailleurs et sans tarder dans le Rif.
Tout cela fait que vous allez trouver ci-après des précisions sur les batailles auxquelles participèrent des Nivellois, des frères de surcroît, du nom de Pierseaux et de Grisleins, dont l’administration communale de Nivelles a voulu rappeler le sacrifice suprême, celui de la vie, en donnant leur nom à deux rues de la cité aclote.

 LA NOTION DE CARTE DU FEU

Reportons-nous, pour illustrer la création de cette carte du feu, à la lettre du Ministre de la Défense Nationale, L. DENS, destinée au roi Albert 1er :

RAPPORT AU ROI
Bruxelles, le 14 mai 1932.

Sire,

L’expression « combattant » a été appliquée indistinctement à tous ceux qui ont servi le Pays par une présence à l’armée pendant la période comprise entre le 4 août 1914 et le 11 novembre 1918. Des textes législatifs ont déjà à maintes reprises établi une discrimination entre ces mobilisés.
Or, un très grand nombre d’anciens combattants, ayant jusqu’à trente-cinq mois de présence dans une unité, qui par le feu et le mouvement fut au contact direct de l’ennemi, ne sont titulaires que des médailles de la Victoire et Commémoratives de la guerre 1914-1918 et sont ainsi confondus dans la masse des mobilisés et, notamment, ne se distinguent en rien de ceux qui ont accompli leur devoir à l’arrière, mais n’ont accompli que quelques jours de services effectifs entre le 1er août 1917 et le 11 novembre 1918.
Cette constatation a amené Votre Majesté à marquer Son approbation à la création d’une carte spéciale destinée uniquement à cette élite pour qui le risque de mort fut le pain quotidien.
Tenant compte des considérations qui précèdent, la Commission chargée de déterminer les conditions d’octroi de cette carte a estimé ne pouvoir retenir l’appellation de Carte du Combattant. Au surplus, elle n’a pas voulu exclure les aumôniers, médecins, brancardiers, auxiliaires du service médical, affectés aux unités de 1ère ligne qui n’ont pas combattu au sens propre du mot, mais ont toutefois participé effectivement aux opérations au contact immédiat de l’ennemi et accompagnaient leur unité au feu en accomplissant leur mission toute d’abnégation et de dévouement.
Pour ces raisons, et afin de donner à ce document d’ordre moral toute sa signification, elle m’a proposé l’appellation « Carte du Feu » qui répond mieux au but poursuivi.
La « Carte du Feu » ne peut être comparée à aucun document similaire délivré dans d’autres pays.
En France, à la « Carte du Combattant » est notamment attachée une rente appelée « Retraite du Combattant ». Il n’est pas question de mesure semblable pour la « Carte du Feu », la rente pour service de guerre existant en Belgique sous le nom de « Rente de Chevrons de Front ».

* * *

La « Carte du Feu » revêt un caractère uniquement honorifique.
Délivrée en principe à tous les militaires qui pendant douze mois au moins ont appartenu à une unité en contact direct avec l’ennemi, elle constituera pour ceux qui en seront titulaires la preuve irréfutable de leur constance dans l’effort malgré les dangers courus et les privations supportées.
Il a paru cependant équitable de limiter cette période à neuf mois pour ceux qui ont participé par une présence continue aux dures opérations du début et de la fin de la campagne et pour les militaires tombés aux mains de l’ennemi qui ont rejoint l’armée après s’être évadé d’un camp de prisonniers.
J’estime qu’il n’y a pas lieu de réduire cette durée de présence, sans enlever à la carte sa véritable valeur morale, les opérations de l’armée s’étant poursuivies durant cinquante-deux mois.
Un geste de reconnaissance s’impose toutefois en faveur des militaires des unités mentionnées au projet d’Arrêté Royal, qui ont été blessés du fait de l’ennemi et qui furent à leur sortie de l’hôpital suivant décision médicale et en raison de leurs blessures, reconnus inaptes au service de leur arme. La Carte l eur serait accordée sans limite de présence.
En soumettant ce projet d’Arrêté à l’approbation de Votre Majesté, j’ai la conviction de proposer au Roi de combler une lacune et d’accomplir une oeuvre de Justice.

J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect,
Sire,
de Votre Majesté,
le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,

Le Ministre de la Défense Nationale,
L. Dens.

Par Arrêté Royal du 14 mai 1932, le roi Albert 1er a répondu positivement, et plus que probablement avec enthousiasme, à la sollicitation du Ministre par la création de la dite « Carte du Feu », dont on peut toutefois regretter que l’article 6 de l’Arrêté de création précise que : La « Carte du Feu » ne sera pas accordée à titre posthume. Dommage pour un grand nombre des sacrifiés.

Complétons en signalant qu’un Arrêté Royal du 06 février 1934 – signé cette fois par Albert Devèze, Ministre de la Défense Nationale – a instauré l’attribution aux détenteurs de la « Carte du Feu » d’un insigne distinctif, la « Croix du Feu », portant au verso la citation latine aisément compréhensible en même temps que redoutable par ce qu’elle implique auprès du bénéficiaire : Salus Patriae Suprema Lex, 1914-1918 [Le salut de la Patrie est la Loi suprême].

RAPPEL DES FAITS

Le traité du 19 avril 1839 fait de la Belgique un Etat indépendant perpétuellement neutre sous la garantie de l’Autriche, de la France, de l’Angleterre, de la Prusse et de la Russie.

L’assassinat de l’archiduc autrichien François Ferdinand, à Sarajevo le 28 juin 1914, va servir de prétexte à l’Autriche à déclarer la guerre à la Serbie, ce qui est chose faite le 23 juillet 1914.

L’Allemagne, en fait, a poussé l’Autriche à cette extrémité, voulant profiter de l’incident diplomatique ainsi créé pour régler certains comptes et surtout relancer sa politique d’extension territoriale.

La Russie prend le parti de la Serbie.L’Allemagne, de son côté, se range comme prévu aux côtés de l’Autriche.

Surprise le 02 août 1914 : à 7 heures du soir, Herr von Below-Saleske, Ministre allemand des Affaires étrangères, remet à son homologue belge un ultimatum réclamant le libre passage des troupes allemandes à travers le territoire belge pour aller attaquer les forces françaises soupçonnées de vouloir gagner la Meuse par Givet et Namur …

Refus catégorique du Roi Albert 1er dès le 03 août, après consultation du Conseil des Ministres : […] « Le gouvernement belge est fermement décidé à repousser par tous les moyens en son pouvoir toute atteinte à son droit d’indépendance ! » En d’autres mots, c’est la guerre si …
Mobilisation immédiate dès le 1er août 1914 : 15 classes d’appelés ; celles de 1906 à 1913 constitueront l’armée de campagne, soit 188 000 hommes, les 7 autres, soit 88 000 hommes, assureront le fonctionnement des forteresses. On comptera environ 40 000 volontaires pour soutenir l’effort de guerre.

LA DÉFENSE DE LIÈGE

Les six forts de la rive droite (Barchon, Evegnée, Fléron, Chaudfontaine, Embourg et Boncelles) additionnés aux autres six forts de la rive gauche (Flémalle, Hollogne, Loncin, Lantin, Liers et Pontisse) sont sous le commandement du lieutenant-général comte LEMAN, commandant la 3ème division d’armée – il a sa rue à Nivelles -, mais les Allemands, nettement plus nombreux, débordent cette première ligne de défense, avec les dégâts en hommes et en matériel que l’on sait ; résistance souvent victorieuse de nos braves soldats, mais le nombre d’ennemis est trop écrasant, au même titre que les obus de 305 mm et plus (420 mm !!) qui vont réussir à faire taire les forts, notamment celui de Loncin, ce qui est chose faite le 16 août, avec capture des survivants parmi lesquels le général Leman lui-même qui a exigé de rester parmi ses hommes jusqu’au bout.

LES COMBATS AYANT AMENÉ LE REPLI SUR LES BORDS DE L’YSER

Ce qui suit est évidemment un résumé personnel des opérations car nous ne sommes pas encore sur les positions où vont s’illustrer nos Nivellois.
Il y eut ainsi la victoire belge de Haelen (général De Witte) [repli sur la Gette], puis la bataille d’Hauthem-Sainte-Marguerite (N-Est de Tienen-Tirlemont) [repli au-delà de la Gette] ; vient ensuite l’âpre défense de Namur suivie de la retraite, à travers l’Entre-Sambre-et-Meuse et au-delà, des restes d’une armée belge fortement réduite…

Episode remarquable que peu connaissent : le repli va s’opérer, au départ des forts détruits de la ceinture namuroise, au prix d’une marche forcée de près de 60 kilomètres vers le Nord, sous la protection de la Ve armée française ; mais ce n’est pas tout : les unités à pied, directement menacées sont embarquées à bord de trains en gare de Liart, destination Rouen, puis Le Havre, puis cap sur Ostende et Zeebrugge à bord d’unités françaises et anglaises, avec débarquement les 2 et 3 septembre et jonction avec le reste de l’armée pour assumer le siège d’Anvers, autre position fortifiée. Capitulation le 10 octobre du reste de la garnison des forts anversois, mais depuis la veille, le gros de l’armée occupe les rives du canal Gand-Terneuzen, puis les rives de l’Escaut proche ; le chemin de fer permet de faire se replier troupes et intendance sur une ligne Zelzaete / Eecklo / Brugge et Brugge / Thorout.

Le 14 octobre 1914, l’Armée belge, ou du moins ce qu’il en reste (65 % ?), campe sur les rives de l’Yser où va se dérouler la bataille en principe finale, qui va durer du 17 au 31 octobre, sans désigner de vainqueurs toutefois.

C’est alors l’enlisement au sens « sale » du terme facilité par une succession d’inondation des bassins naturels formés entre digues, telle celle ordonnée le 21 octobre par le lieutenant-général Dossin. Insuffisant !!

Germe alors l’idée de procéder à la grande inondation, d’autant plus que les hommes sont à bout et très mal ravitaillés ; limites suggérées : l’Yser lui-même et la voie ferrée Dixmude-Nieuport.

Nous sommes le 25 octobre : en l’absence des ingénieurs, volatilisés, c’est un batelier de Nieuport, Henri Geeraert, qui donne les premières indications pour commencer le travail de mise sous eau, et c’est le dénommé Charles Cogghe, de Furnes, garde-wateringue (fossés d’irrigation) de son métier, qui va préconiser de boucher les aqueducs avec des sacs de terre, et de construire l’une ou l’autre digue artificielle, sous sa conduite, afin de bien délimiter l’extension de l’inondation, et par là son efficacité.

C’est là que l’on a pu se rendre compte de la nécessité de disposer de troupes du Génie, agissant sous le sifflement des balles meurtrières des Allemands, véritablement enragés car ils viennent de comprendre la manœuvre, et dans le bruit insupportable entre tous des salves d’obus lourds martelant le chantier.

Deuxième phase : amener l’eau de mer via l’ancien canal de Furnes et son écluse … Flûte alors : la porte, inemployée depuis près de 35 années, fait de la résistance lors d’un premier essai le 27 octobre ; le lendemain par contre, après mise en place d’un système de maintien, c’est le grand flot impétueux pour tenter de couvrir, à la faveur des marées, les plus de 30 Km². C’est Geeraert qui revient en scène en suggérant de coucher le déversoir du Noordvaart, et non plus de compter sur la seule écluse. Point critique : la vanne se trouve en terrain occupé par les Allemands. C’est donc un véritable commando, Geeraert en tête, qui va s’y coller … et réussir !! Bilan : le 1er novembre 1914, le tampon inondé est en fonction malgré une recrudescence des attaques d’un ennemi conscient d’avoir été roulé et surtout d’avoir été pris de vitesse.
Le front de l’Yser est quasiment en place.

LA DEFENSE DE L’YSER * LES SURSAUTS ALLEMANDS

Durée : du 1er novembre 1914 au 28 septembre 1918.
Caractéristiques : construction, rarement par creusement manuel car l’eau affleure bien vite, de véritables complexes de boyaux, de tranchées si vous préférez, destinés aux soldats et à leur ravitaillement, en recourant à des milliers de sacs de sable souvent mêlé de terre. Les terrassements (postes de veille / appuis d’artillerie / soutiens / renforcements …) vont nécessiter plus de 500 000 M³.

Etendue : plus de 40 kilomètres de long, avec des positions parfois situées à moins de 20 mètres de l’ennemi.
Inutile de dire que les Boches vont tenter régulièrement de prendre la vigilance des soldats belges en défaut, enclenchant pour ce faire une série d’offensives permettant souvent une avancée que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de ridicule, avancée réduite à néant le lendemain, au grand bonheur des soldats retrouvant leurs objets et paillasses intacts vu la brièveté de l’occupation.

Au début de 1915, le front tenu par les Belges s’étendait jusqu’au pont de Steenstraete ; au-delà, ce sont les Français qui tenaient Boesinghe et les autres lieux-dits situés plus loin. Les Allemands ont-ils jugé qu’il y avait là une faiblesse dans le dispositif ? Toujours est-il que le 22 avril 1915, vers 17 heures, un terrible bombardement s’enclencha de leur part ; brusquement, fin des aboiements rauques des pièces d’artillerie… « Puis, des tranchées avancées allemandes, on vit soudain, sur toute cette étendue, s’échapper des jets d’une vapeur cuivrée, qui, sous la poussée d’une brise soufflant du Nord-Est, se mua bientôt en un nuage opaque et coula, au ras du sol vers les défenseurs de Steenstraete. […] L’on aperçut , au moyen de jumelles, des territoriaux français porter les mains à la gorge, puis s’écrouler dans les affres de l’asphyxie. Les Allemands venaient, pour la première fois, de faire usage de gaz asphyxiants, dont l’emploi sur le champ de bataille était interdit par la convention de La Haye du 29 juillet 1899. »

Les soldats belges furent moins atteints du fait de l’orientation du vent, et surent résister à l’assaut des ennemis pourtant équipés de masque à gaz, eux !! Les contre-attaques françaises vont échouer, se succédant pourtant jusqu’au 25 avril, mais l’ennemi est éprouvé … et déçu certainement : il se met à décrocher enfin le 5 mai, rejeté par des Français qui ont repris du poil de la bête, non sans avoir des velléités de retour au moins jusqu’au 12 mai.

Dont coût pour les Belges : 30 officiers et plus de 1 500 hommes. Parmi ces derniers, deux Nivellois : Cyrille Joseph Henri La guerre 1914-1918 (Nivelles, 1895 – Steenstraete, 09-05-1915) et Georges Joseph Ghislain GRISLEINS (Nivelles, 1883 – Steenstraete, 23-04-1915).
Une autre offensive, prenant place dans la stratégie d’usure utilisée par les Allemands, va coûter la vie à Achille Victor Ghislain GRISLEINS (Nivelles, 1886 – Oeren [Forthem], 28-08-1917), le frère du précédent, sur le territoire du village de Oeren.

Comble de malchance : lors d’une des toutes dernières contre-offensives des Français se ruant à la poursuite des Boches désabusés et en pleine déroute car priés manu militari de quitter le sol belge, Albert Joseph Ghislain PIERSEAUX va tomber sous les balles désespérées de l’un des poursuivis alors que son unité se trouve à hauteur de Roeselaere (Roulers), et mourir à l’hôpital de Tielt. Nous sommes le 15 octobre 1918 ; dans moins d’un mois, c’est l’armistice …

Marquez « Pas de chance ! » car l’ultime combat sera livré à Sluys le 3 novembre, par le 2ème Grenadiers comprenant des hommes ayant réalisé leur formation à l’Ecole des Grenadiers (rue de Mons / Impasse de la Grosse pompe – bâtiments subsistant en démolition finale en ce mois d’août 2006).

ARMISTICE ET RECONNAISSANCE DE LA PATRIE

Foin d’un long discours, voici l’Ordre du Jour écrit de la main du Roi Albert, OJ qui est un merci enflammé et reconnaissant à tous ceux qui en furent :

G.Q.G., le 18 novembre 1918.
Officiers, Sous-officiers et Soldats,

Votre résistance héroïque à Liège, à Anvers et à Namur a imposé à la marche des hordes ennemies un retard qui devait leur être fatal.
Pendant plus de quatre ans vous avez âprement défendu, dans les boues de l’Yser, le dernier lambeau de notre territoire.
Enfin, achevant de forcer l’admiration universelle, vous venez d’infliger à l’ennemi une sanglante défaite.
L’oppresseur qui terrorisait nos populations, profanait nos institutions, jetait aux fers les meilleurs de nos citoyens, exerçait partout l’arbitraire et le despotisme, est définitivement vaincu. L’aube de la Justice s’est levée ; vous allez revoir vos villes et vos campagnes, vos parents et tous ceux qui vous sont chers.
La Belgique reconquise par votre vaillance vous attend pour vous acclamer.
Honneur à nos blessés ! Honneur à nos morts ! Gloire à vous, Officiers, Sous-officiers et Soldats!
Je suis fier de vous. Je vous ai demandé beaucoup. Toujours vous m’avez donné votre concours sans compter.
La gratitude et l’admiration de la Nation vous sont acquises.

ALBERT.

Je ne voudrais pas que l’on croie que seuls, quatre Nivellois ont participé à la Grande Guerre. Disons qu’ils sont les plus connus du fait de la création de rues à leur nom, nous venons de le voir. Il y en eut d’autres, parmi lesquels le doyen CORVILAIN, frappé d’une balle alors qu’il exerçait sa mission d’infirmier.

QUELQUES PRÉCISIONS ENCORE …

La rue des frères Grisleins :
> ancienne rue du Tir, puis sentier de Rognon ;
> donnait dans la rue Fief de Rognon, future rue Emile Vandervelde ;
> débaptisée au profit de nos héros dès 1920 ;
> GEORGES, ouvrier ajusteur, était veuf depuis peu et père d’un petit garçon ;
> engagé comme volontaire dans les rangs des Grenadiers dont une des écoles se trouvait à Nivelles, rue de Mons.
> ACHILLE était pour sa part ouvrier monteur et se porta immédiatement comme volontaire ; il fut incorporé au 8ème régiment d’artillerie le 1er février 1915, et y acquit le grade de maréchal des logis le 02 janvier 1916, avant d’aller à la rencontre d’une mort glorieuse au mois d’août de l’année suivante.

La rue des frères Pierseaux :
>ancienne rue aux Loups, bordant ce que l’on dénommait alors (fin XIXe siècle) le « Marché de la Poissonnerie » ;
> débaptisée en fin 1919 ;
> milicien de la levée 1913, la dernière prise en considération pour la constitution de l’Armée belge, 
ALBERT effectuait son service militaire au 4ème Régiment des chasseurs à pied lors de la déclaration de guerre ; nanti du grade de caporal en 1918, il avait connu déjà les longues années de « joie » de la guerre des tranchées lorsque s’enclencha l’offensive destinée à bouter l’ennemi allemand, enfin, hors du réduit national et entamer dans la foulée la reconquête du pays. Hélas, un matin pourtant chargé d’optimisme …
> CYRILLE aidait son paternel à la tenue d’un commerce, mais était inscrit aux cours de Construction civile donnés dans les locaux de l’Université du Travail à Charleroi ; dès le 5 août, il se porta volontaire et gagna les rangs du 5ème Régiment de Chasseurs caserné à Gand ; puis ce fut le 3ème Régiment de Ligne avec lequel il affronta courageusement l’irrésistible montée en ligne des Allemands, au prix de sa vie.
Nous avons aussi parlé de deux autres héros, non Nivellois j’en conviens, mais qu’il serait par trop injuste d’ignorer :

La rue Général Leman :
> anciennement rue Piroux jusqu’à son changement d’appellation intervenu en 1919 ;
> Gérard LEMAN (1851-1920) est connu tout d’abord pour avoir commandé l’Ecole Militaire, là où se forment les futurs officiers et sous-officiers de l’armée à la lumière des progrès en matière de génie, d’armement et de tactique ; son principal fait d’armes est d’avoir, avec très peu d’hommes et de moyens, tenu bon en occupant envers et contre tout la ceinture des forts de Liège, entre le 04 et le 14 août 1914, à 35 000 contre 120 000 hommes mieux équipés et entraînés, décidant finalement de la reddition non sans avoir dynamité le fort de Loncin où s’étaient réfugiés les lambeaux de son armée ; il est considéré, à juste titre semble-t-il, comme le symbole de la résistance à l’ennemi ; il fut doté du titre de comte à l’issue des hostilités.

L’avenue Général Jacques :
> Pour être complet, il faudrait dire : « avenue Général Baron Jacques de Dixmude », mais la réalité est autre ;
> Percée en 1932 en même temps que sa continuation, l’avenue du Centenaire allant jusqu’au débouché du faubourg de Namur ;
> Tout d’abord, fonctionnaire dans le transport à Boma (Congo Belge), Jules-Marie JACQUES (1858-1928) s’avéra un solide partisan de l’anti-esclavagisme, ce qui lui valut de devenir commandant en second de l’Ecole Militaire. Grand fait d’armes à la guerre : l’héroïque défense de Dixmude, ville très importante du dispositif belge ; d’où son surnom de « Jacques de Dixmude » ;
> Devenu lieutenant-général en pleine guerre, il est désigné pour prendre le commandement de la 3ème division d’Armée et va s’illustrer brillamment lors des furieux assauts allemands (10 régiments !!) contre la position de Merckem, en avril 1918.

En attendant une future « rue Désiré Corvilain, doyen de Nivelles (1870-1914) » (!!!) :
> L’abbé Désiré CORVILAIN est né à Wavre le 1er janvier 1870 ;
> ancien professeur de rhétorique à l’Institut Saint-Louis à Bruxelles ;
> désigné curé-doyen de Nivelles en 1913 ;
> passionné avant tout par la formation des jeunes ;
> se porte volontaire dès le début de la guerre (août 1914 pour rappel) afin de soigner les blessés issus des combats ;
> va contracter une de ces maladies mortelles régnant sur les bords de l’Yser ; transporté à l’hôpital de Calais (France), il va y succomber le 24 décembre 1914.

SOURCES :
>> Le Livre d’Or de la Carte du Feu – Bruxelles : Maison d’éditions Rosez, 1935-1936 – ill.
>> VANDENDRIES Jean – Les rues de Nivelles, de A à Z – Nivelles : La Francité, 1989.
>> LYR René (directeur) – Nos héros morts pour la Patrie : l’épopée belge de 1914 à 1918 : tableau d’honneur des officiers … tombés pour la défense des foyers belges – Bruxelles : E. Van Der Elst, 1920 – ill.
>> Les ressources du MCN, via divers dossiers.

 

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